L’adhésion de l’Estonie est-elle vraiment d’actualité?

Publié le par Stephandero

95966_estonieune.jpgL’Europe connaît la pire crise depuis sa naissance, une crise existentielle qui met en cause ses fondements mêmes. L’amitié franco-allemande, moteur de l’Union européenne, a fait place à une incompréhension mutuelle. Pourtant, rien ne change dans le mode de fonctionnement des institutions européennes, ou si peu. La Commission européenne vient de donner la semaine passée son feu vert à l’adhésion de l’Estonie à l’Union économique et monétaire dès 2011. L’Estonie pourra, si elle le souhaite (les ministres des Finances doivent encore valider cette proposition en juillet), adopter l’euro, monnaie aujourd’hui vivement attaquée sur les marchés de change. Quel est l’objectif de Bruxelles ? Protéger l’Estonie ? Favoriser le développement de son économie ? Non, l’Estonie vérifie tout simplement les critères d’adhésion à l’euro. Ces critères mêmes que la plupart des pays européens, une fois leur adhésion parachevée, se sont empressés de violer.

Les critères sont vérifiés, mais à quel prix??

Ainsi, l’Estonie a connu une inflation de seulement 0,7 % en moyenne au cours des douze mois précédant mars 2010, période retenue pour la qualification, contre 1 % autorisé ! Son déficit public a été limité à 1,7 %, un niveau qui peut effectivement faire rêver nombre de gouvernements européens, et pas des moindres. La dette est quant à elle inexistante (7,2 % du PIB). Enfin, le pays participe au mécanisme de change depuis 2004 sans tension particulière au cours des deux dernières années. Très bien, mais Bruxelles semble ne pas se poser la seule question qui vaille : à quel prix ?

La note est salée. Refusant de mener le moindre plan de soutien à son économie, de peur de restreindre ses chances de qualification, le gouvernement estonien a laissé son économie se contracter de 14 % l’an passé. Le chômage (bien que faible) a été multiplié par 2,5 et les salaires ont nettement reculé. L’Estonie a répondu à la crise par une « dévaluation interne », contraction des salaires et des prix, et non par une dépréciation de son change, qui aurait été moins douloureuse. Cette politique semble avoir payé, l’activité a redémarré. Mais quid de l’avenir ? En adoptant l’euro, ce pays abandonnera définitivement sa politique monétaire, sa politique budgétaire sera fortement contrainte par le Pacte de stabilité et de croissance remanié et toute dévaluation sera impossible. Certes, adopter la monnaie unique est indiscutablement la meilleure décision à prendre, à terme. Le gouvernement estonien doit-il pour autant se couper les bras alors que l’Europe se prépare à connaître une année 2011 particulièrement difficile? (investir.fr)

Publié dans Faits divers

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