Interview du President estonien

Publié le par Stephandero

Toomas Hendrik Ilves travaillait à Radio Free Europe, en tant que directeur de la rédaction estonienne, lorsque s’est effondré le mur de Berlin le 9 novembre 1989. Pour lui, "ce n’était pas encore le moment de revenir car l’Estonie était toujours sous autorité soviétique", se souvient le chef de l’Etat qui a passé le plus clair de sa vie outre-Atlantique. Mais "c’était clairement la meilleure chose qui me soit arrivée dans la vie !" Il est devenu président en 2006.

L’Union européenne a-t-elle rencontré les attentes des Estoniens lorsqu’ils se sont libérés du joug soviétique ? Les négociations ont été longues avant l’adhésion…

Nous étions impatients. Mais aujourd’hui, je dirais en fait que l’exigence européenne de respecter des normes élevées était plutôt plus que moins importante. Nous avons actuellement un niveau d’euroscepticisme très bas, beaucoup plus bas que nos voisins du Sud. Je pense que cela s’explique par le fait que les Estoniens ont toujours été très réalistes, ils n’ont jamais eu d’attentes démesurées. Je pense aussi qu’ils voient l’Union comme un levier permettant de rendre le pays plus grand.


Le FMI vient de juger l’Estonie prête pour passer à l’euro en 2011. Que pensez-vous de ce calendrier ?

L’Estonie attend toujours qu’on évalue ses performances de manière objective. Un grand pays peut ignorer les règles, comme on le voit avec le Pacte de stabilité et de croissance Pour un petit pays, les règles sont donc plus importantes : si vous les respectez, vous savez que vous pourrez entrer. Une décision qui serait exclusivement politique, c’est bien si elle est en votre faveur ; sinon, si elle ne repose pas sur des règles, vous ne pouvez pas vous plaindre. Il y a de grandes chances que nous passions à l’euro, mais cela dépend de notre déficit. Normalement, il ne dépassera pas les 3 %.


La Roumanie, la Hongrie ou la Lettonie ont été frappées de plein fouet par la crise. Comment expliquez-vous que l’Estonie y ait mieux survécu ?

D’abord, depuis 2000, nous avons mis beaucoup d’argent dans la stabilisation des réserves de change, à hauteur de 10 % du PNB. Si nous avons soudain besoin d’argent, nous en aurons. Ensuite, nous n’avons virtuellement pas de dette d’Etat. Ce sont deux problèmes que nous n’avons pas, mais nous en avons d’autres : une bulle immobilière, un montant énorme de dette privée et, bien sûr, la chute des demandes sur le marché d’exportation. Nous avons un des plus hauts taux d’exportation par rapport au PNB dans le monde et nous avons un très petit marché domestique.

La situation économique aurait-elle été meilleure si vous aviez eu l’euro ?

Clairement. Beaucoup de problèmes que nous avons connus viennent d’investissements étrangers qui se sont retirés, craignant une dévaluation de la monnaie. La Slovaquie, elle, est dans l’eurozone et l’impact de la récession a été très bas sur elle.


Jusqu’où doit s’élargir l’Union ? L’Ukraine, ancienne république d’URSS comme l’Estonie, peut-elle en faire partie ?

Des critères objectifs doivent être respectés, parmi lesquels le niveau de corruption. Peu importe que vous ayez des lois sur papier, que vous ayez transposé tout l’acquis communautaire, si vous ne les appliquez pas. L’Ukraine a un énorme problème de corruption, ce n’est pas un secret. Et ce n’est pas très encourageant.


La Bulgarie et la Roumanie, qui ont ce problème, sont pourtant devenues membres…

C’est l’une des raisons pour lesquelles l’élargissement est vu de manière sceptique


Soutenez-vous l’adhésion de la Turquie ?

Oui. La religion n’est pas un problème pour nous. Certains veulent définir une frontière culturelle, mais à quoi nous référons-nous ? L’orthodoxie ? Le protestantisme ? L’Union européenne est un projet séculaire et les différences de religion n’ont rien à voir.

On parle beaucoup de Herman Van Rompuy pour devenir président du Conseil européen, qu’en pensez-vous ?

Personne n’est officiellement candidat. Si personne n’a le courage de dire "je suis candidat", que voulez-vous que je dise ?


La candidature de Vaira Vike-Freiberga a été proposée par Riga…

L’ex-président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen m’a proposé moi aussi. Ce n’est pas pris au sérieux. Les pays d’Europe centrale et orientale comptent 100 millions d’habitants, mais pas un nom de la région n’est considéré de manière sérieuse. Je vois quatre jobs exécutifs : le président de la Commission, celui du Conseil européen et le Haut représentant pour la politique étrangère, ainsi que, à l’Otan, le secrétaire général. Ce n’est pas la même organisation, mais cela fait partie du package. Je trouve particulièrement amusant de voir à quel point les choses ont changé depuis la chute du Mur : l’argument contre la désignation de Radek Sikorski au poste de secrétaire général de l’Otan était que la Russie ne l’aurait pas aimé. Si c’est cela l’argument, on a vraiment bien changé le monde !

Publié dans Faits divers

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