Le traité de Tartu a 90 ans

Publié le par Stephandero

tarturahu.jpgLa révolution de février 1917 en Russie changea l’équilibre des pouvoirs en Estonie, où la noblesse allemande de la Baltique fut remplacée par des représentants du nouveau gouvernement russe.
L’indépendance n’était pas alors l’objectif de la plupart des hommes politiques estoniens qui préféraient un statut autonome. La conquête allemande après le retrait de la Russie de la guerre en 1918 fut le point de départ de l’indépendance balte. Mais les déclarations d’indépendance n’eurent d’effet qu’après la défaite allemande de novembre 1918.

L’Estonie fut le premier pays à engager officiellement des pourparlers de paix avec la Russie, en septembre 1919, à la fureur des grandes puissances, qui rêvaient encore de renverser les bolchéviques, comme des autres belligérants du front nord-occidental, la Finlande, la Lettonie et la Lituanie, qui se sentirent trahies.
Les négociations furent interrompues en octobre par une offensive de
Ioudénitch, qui organisa en Estonie, avec l'appui des Anglais, une armée de 20 000 hommes qu'il conduisit, contre les bolcheviks, jusque dans les faubourgs de Petrograd. Il dut reculer suite à la défection des Anglais et des Estoniens. 
L’Armée du nord-ouest ne s'en remit pas et se replia en Estonie, mais les Estoniens, méfiants, la désarmèrent et internèrent les fugitifs qui se présentèrent à la frontière, malgré les protestations de Londres. À cette date, l’armée estonienne avait eu environ 3.500 morts : il était temps que le conflit prît fin.

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Entre-temps, début décembre 1919 (en pleins combats encore), de nouveaux pourparlers de
paix s’étaient engagés à Tartu, les Occidentaux ayant renoncé à s’y opposer frontalement. La délégation estonienne était dirigée par Poska, et la délégation bolchévique par l’homme qui avait mené la première phase des négociations de Brest-Litovsk, Adolf Abramovitch Joffé. Ils conclurent un armistice, puis, avec l’accord des Occidentaux, à la signature du traité de Tartu, le 2 février 1920.
C’était le tout premier
document par lequel la révolution bolchévique, universelle dans son principe, acceptait de se reconnaître une frontière. La nouvelle Russie reconnaissait « sans conditions » l’indépendance de l’Estonie et « renonçait volontairement et éternellement à l’ensemble de la souveraineté que la Russie avait exercé sur le peuple estonien et sur l’Estonie ».

La nouvelle frontière, âprement négociée, passait un peu à l’est des limites des anciennes provinces baltes, soit un gain territorial de 5% environ pour l’Estonie : au nord-est, elle incluait Narva et une bande de quelques kilomètres, essentiellement peuplée de russophones, sur la rive droite du fleuve Narva, avec la ville d’Ivangorod ; au sud-est, la région du Setumaa, de peuplement pour un tiers estonien, pour deux tiers russe, avec la ville de Petchory. On traça les frontières avec la Lettonie dans les mois suivants, sur des critères essentiellement linguistiques, non sans mal (il y eut même quelques incidents armés). On procéda à quelques échanges volontaires de populations, mais il demeura des hameaux estoniens en Lettonie. Valga, ville mixte, se retrouva coupée en deux : l’Estonie hérita du centre-ville. Toujours en 1920, les habitants (suédophones) de l’île de Ruhnu, dans le golfe de Riga, choisirent par référendum de devenir estoniens plutôt que lettons, pour des raisons assez bassement matérielles : quelques semaines avant le vote, l’Estonie leur avait acheté une grosse cargaison de graisse de phoque en souffrance…

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Bob 03/02/2010 13:25


il me semble reconnaitre quelques passage d'un des seul ouvrage en français lié à l'histoire de l'Estonie. Pourquoi ne pas citer la source ?