Estonie: la politique en temps réel

Publié le par Stephandero

A Tallinn, capitale estonienne, tout passe par Internet: du vote des lois aux conférences de presse, en passant par…la cyber-guerre... Dans la salle du Conseil des ministres, pas une feuille, pas un stylo ne traîne sur la grande table ovale. Mais un ordinateur portable est posé devant chaque siège. Sten Hansson, jeune conseiller du Premier ministre, Andrus Ansip, est fier de faire visiter cette salle ultra-moderne.
 
Un gain de temps précieux

«En 2000, le gouvernement a décidé d'éliminer la paperasserie. A l'époque, beaucoup de textes étaient votés car le pays était en plein renouveau. Le gouvernement a donc décidé de d'informatiser toutes les données pour accélérer les procédures», explique le jeune homme en costume sombre. «C'est un véritable gain de temps. La plus courte session a duré 10 minutes», ajoute-il.
 
En effet, lorsqu'ils se réunissent, les ministres ont généralement déjà réglé un grand nombre de questions. Comment? En votant en ligne pour ou contre un projet de loi. Restent à l'ordre du jour, les dossiers sur lesquels ils souhaitent qu'un débat soit organisé. Des procédures simplifiées et du temps gagné pour les onze ministres qui composent le gouvernement. Et tous n'ont pas grandi avec Internet. «Nos ministres sont âgés de 30 à 60 ans environ», souligne Sten Hansson.
 
La transparence

Tous les jeudis, les ministres se retrouvent dans cette salle de la maison Stenbock, située dans la vieille ville. De part et d'autre de l'immense table, d'autres bureaux destinés à la prise de notes pour les ministres, mais aussi au live-blogging de chaque session. «Tout est publié en direct sur le site du gouvernement», explique Sten Hansson. «Les citoyens peuvent ainsi suivre en toute transparence l'évolution des débats», ajoute-il, précisant que tous peuvent aussi suivre les dernières actualité du gouvernement sur Twitter.
 
La «transparence», un mot qui revient souvent. Dans ce pays marqué la domination soviétique, tout doit être montré, y compris sur le plan politique. Les conférences de presse peuvent, aussi, être suivies en directes grâce à des webcams disposées sur la table. «La transparence n'est pas la garantie de la démocratie», modère Bernard Manin, politologue français.
 
«Il est nécessaire, pour que le processus démocratique fonctionne de laisser les arguments se confronter afin de faire avancer les discussions», ajoute-t-il. Or, dans un système où tout est quasiment en temps réel sur Internet, difficile de se sentir libre de parler. De plus, Bernard Manin souligne «la tendance à provoquer des effets d'annonce. On ne laisse pas de chance au compromis avec un tel système.»
 
L'ombre d'un voisin plane sur la démocratie

Mais la transparence a ses limites. «Tout ce qui est relatif à la sécurité nationale n'est pas publié sur le site», explique le conseiller du Premier ministre. Le gouvernement reste donc vigilant sur la protection de données sensibles. Mais il existe une autre menace, surtout pour un pays aussi connecté: la cyber-guerre.  
 
L’Estonie en a fait l’amère expérience en 2007, victime d'une gigantesque cyber-attaque au lendemain du déplacement d'une statue à la gloire des soldats russes du centre-ville à la périphérie de Tallinn. La multitude d'attaques avait mis complètement hors circuit les accès à Internet estoniens. Le sujet est encore sensible et le conseiller du Premier ministre ne se permet aucun commentaire sur le sujet. «Il faut que nous soyons très vigilants sur le plan de la sécurité». Le maintien du cyber-modèle estonien est à ce prix.

Publié dans culture

Commenter cet article

francais en Estonie 03/12/2009 10:35


voilà pourquoi on peut régulièrement voir Evelyn Sepp en plein travail... sur Facebook!