Estonie: de jeunes familles victimes de la crise

Publié le par Stephandero

Veronika, mère de quatre enfants et sans emploi, à Tallinn le 12 décembre 2010
Veronika, mère de quatre enfants et sans emploi, à Tallinn le 12 décembre 2010

A l’entrée d'un centre pour sans-abri dans la capitale d'Estonie, l'encombrement de poussettes témoigne du dénuement dans lequel la crise a plongé de nombreuses jeunes familles de cet ancien "tigre balte" qui rejoindra la zone euro le 1er janvier 2011.

Parmi elles, Veronika et ses quatre enfants, précipités là par le chômage et des emprunts faciles imprudemment contractés.

Le centre est confortable, propre et le personnel est sympathique, mais la plupart des habitants, dont Veronika, 32 ans, rêvent d'avoir à nouveau une maison familiale.

"Je n'ai jamais imaginé que je finirais par vivre dans un refuge. Mais nous sommes maintenant ici, tout en espérant que mon mari trouve un emploi et que nous parviendrons enfin, malgré tout, à reprendre une vie normale", déclare à l'AFP cette mère de quatre enfants âgés de un à 14 ans.

Séduit par le crédit facile au temps du boom économique après l'entrée de l'Estonie à l'UE en 2004, le couple s'est retrouvé profondément endetté lorsque la crise mondiale a frappé l'économie du pays, axée sur les exportations. Ouvrier en bâtiment, le mari de Veronika a perdu son emploi.

Après une croissance atteignant 10% en 2006, la récession a provoqué la contraction de l'économie estonienne de 14,1% en 2009 et un chômage atteignant 20% cette année.

"Pour refinancer nos dettes, nous avons contracté un nouvel emprunt à la banque au nom d'un ami qui voulait nous aider, mais lorsque notre espoir d'obtenir un emploi s'est évanoui, nous avons dû vendre notre appartement de deux pièces et avons fini sans logement et sans salaire pour louer un appartement", raconte Veronika.

Pour survivre, la famille s'appuie désormais sur une banque alimentaire et une allocation mensuelle d'environ 200 euros. L'hébergement au centre pour sans-abri leur coûte 91 euros par mois.

"Certains de nos résidents ont des problèmes avec l'alcool et les drogues, mais la récession nous a aussi apporté des gens comme Veronika et sa famille", explique Maia-Reet Ehandi, une assistante sociale en charge du quatrième étage réservé au familles.

"Nous les aidons à résister et espérons tous qu'ils trouveront un moyen d'avoir à nouveau un emploi et une maison", ajoute-t-elle.

Veronika espère trouver elle-même un travail, si son mari est toujours au chômage, mais plus tard, une fois son plus jeune enfant devenu un peu plus grand.

"Notre rêve est d'obtenir un appartement municipal et d'avoir assez d'argent pour payer le loyer. Il y a une petite chance que mon mari obtienne un emploi comme gardien de sécurité dans une entreprise", soupire-t-elle.

"Nous pouvons offrir à des familles comme celle de Veronika un toit pour une période difficile, mais tous les gens normaux rêvent de retourner à une vie normale", explique Mme Ehandi.

"Des centaines de personnes sont sur la liste d'attente pour notre centre qui ne peut accueillir que 220 personnes. Beaucoup de gens qui vivent ici attendent un appartement construit et loué par la municipalité de Tallinn", ajoute-t-elle.

Avec une hausse du PIB de 2,5% attendus cette année et de 4,2% en 2011, le marché du travail est susceptible de s'améliorer. Mais, dans un avenir prévisible, l'emploi restera précaire.

"Certaines personnes qui avaient réussi à obtenir un emploi et un appartement municipal sont redevenues des sans-abri, car elles se sont de nouveau retrouvées au chômage et dans l'incapacité de payer leur loyer à la ville", explique Mme Ehandi.

De nouvelles dépenses en habitations sociales sont peu probables: l'Estonie est en passe de devenir le meilleur exemple de politique d'austérité avant son adhésion à la zone euro le 1er janvier. (source: La Depeche)

Publié dans Faits divers

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