Baby-boom en Estonie

Publié le par Stephandero

2babies.jpgPas facile, à Tallinn, de trouver une école maternelle, même en s’y prenant tôt ! Les parents d’Henry, jeunes cadres trentenaires, en ont fait l’expérience : inscrit dès sa naissance à l’école du quartier, Henry n’a pas pu, à 3 ans, y faire sa rentrée. Un autre établissement, plus éloigné du domicile familial, a pu finalement accueillir le petit garçon.

La capitale estonienne n’est pourtant pas trop mal dotée en structures d’accueil pour la petite enfance. « Il est en réalité difficile de faire face à une croissance soudaine de la demande », explique Luule Sakkeus, directrice de l’Institut de démographie de l’université de Tallinn, capitale d’un des rares pays européens à connaître un – relatif – “baby-boom”, après de longues années de glaciation démographique.

Pour la première fois depuis 1992, les naissances estoniennes ont dépassé le nombre de décès : l’Estonie a réussi à stabiliser sa population au niveau de 2009. Cette “victoire” ne doit rien au hasard mais à la politique nataliste mise en place en 2005 par le gouvernement, accentuée en 2007. L’objectif était de freiner, coûte que coûte, l’hémorragie lente mais sûre qui menaçait la petite Estonie de quasi-disparition.

Dans ce pays qui ne brille pas par le niveau de ses prestations sociales, les encouragements à la famille commencent avec le congé maternité : pendant cinq mois, la mère reçoit la totalité, non plafonnée, du salaire perçu avant la grossesse. La durée est confortable mais ne tranche pas vraiment avec les politiques menées ailleurs. C’est la nouvelle allocation de parentalité qui a fait la différence : versée pendant dix-huit mois, elle permet à son bénéficiaire, le père ou la mère de l’enfant, de percevoir la totalité de son salaire antérieur.

La somme est plafonnée à 2260 euros cette année, un montant élevé dans un pays où le salaire moyen ne dépasse pas 800 euros. Outre son salaire, la mère qui garde son enfant préserve aussi son emploi, le bénéficiaire de l’allocation ne pouvant pas être licencié durant trois années. Cette protection est essentielle dans un pays où le licenciement est très facile. En 2009, 36 000 personnes ont bénéficié de la mesure, un chiffre en augmentation constante.

L’Estonie revient de loin. Dans une région qui n’a jamais connu le flot de naissances enregistré en Europe de l’Ouest dans l’après-guerre, qui n’a dû le relatif maintien de sa population qu’à l’apport des populations transférées des “pays frères” de l’ancienne URSS, le déclin démographique avait pris un tour inquiétant. En 1995, l’Estonie comptait encore 1,5 million d’habitants. Quinze ans plus tard, la population était tombée à 1,3 million.

« À la dénatalité s’est ajoutée l’émigration, explique Laurent Charpin, conseiller économique et commercial à l’ambassade de France de Tallinn. Les Estoniens prenaient le ferry pour la Finlande. Jusqu’en 2005-2006, près de 3 000 personnes quittaient chaque année l’Estonie. »

L’heure n’étant plus aux libéralités, cette politique nataliste a été très débattue en 2008, à cause de son prix (la principale mesure coûtera plus de 153 millions d’euros en 2010). Face à la croissance encourageante de l’indice de fécondité – 1,65 enfant par femme en 2009, contre 1,55 en 2006 –, le gouvernement estonien a finalement tranché en décidant de maintenir “l’allocation des mamans”, malgré la rigueur.

La démographe Luule Sakkeus n’est pas convaincue de l’impact de cette aide : « C’est l’emploi et un environnement sécurisant qui permettent aux jeunes couples de fonder une famille. L’allocation accroît le sentiment de sécurité et peut jouer un rôle, mais de façon marginale. » D’autres experts expliquent le bond en avant nataliste de l’Estonie comme un signe de la confiance du pays dans son avenir : « Les Estoniens quittent moins le pays et font plus d’enfants car ils croient en leur nation et en leur gouvernement. » (Source: Valeurs actuelles)

Publié dans Faits divers

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