Un conte estonien: le moustique et le cheval

Publié le par Stephandero

Dans une grasse prairie, près d'une calme petite rivière, paissait un petit cheval paisible et brun, aux yeux intelligents. Soudain, quelque part au-dessus de sa tête, vrombit un moustique qui finit par s'installer entre ses deux oreilles tout en sifflant hargneusement :

« Tu manges trop, mastodonte ! Et tu vas avoir une belle indigestion, avec toute cette herbe. »

Le petit cheval se contenta de secouer la tête pour chasser l'ennuyeuxmoustique. Puis il se remit tranquillement à paître. Mais le persifleur ne le laissa pas en paix. Il se posa sur un arbuste proche et recommença :

« Oh ! là, là ... Tu t'imagines que tu m'as chassé, imbécile ? Je vais te montrer ça ! »

Mais le petit cheval fit comme si de rien n'était. Il arrachait paisiblement l'herbe avec ses dents et ne prêtait aucune attention au moustique. Celui-ci en était ulcéré :

« Ainsi, je ne puis te tirer de réponse, gros estomac ! Attends un peu, je vais t'apprendre la politesse ... »

Il s'installa sur le dos du cheval et, de toutes ses forces, voulut y enfoncer son dard pointu. Mais, bien qu'il s'y employât de son mieux, il n'y parvint pas et ne réussit pas à transpercer la peau du petit cheval.

Ce chatouillement déplut néanmoins au cheval qui agita la queue, envoyant ainsi promener le moustique sur l'herbe. C'en était trop pour l'insecte. Il déplissa ses ailes froissées et tourbillonna au-dessus de la tête du cheval en hurlant :

« Ah ! C'est comme ça, grossier personnage ... Tu ne me fais pas peur, bien que je sois plus petit que toi. L'homme aussi est plus petit que toi. Il n'empêche que, lorsqu'il te fouette, tu n'en mènes pas large ! Par contre, l'homme a grand-peur de moi. Dès que je bourdonne autour de lui, il agite la main et fuit devant moi. Il sait bien que je suis un impitoyable combattant ! »

Le petit cheval leva la tête, jeta un regard en biais à l'importun et, paisiblement, se remit à paître. Hors de lui, le moustique se mit à lui siffler dans les oreilles jusqu'à ce que la voix lui manque :

« Tu veux continuer à m'ignorer, hein ? Tu crois que nous, les moustiques, nous ne sommes rien en face de toi et que tu vas persister à nous mépriser ? Nous ne le tolérerons pas. Au nom de tous les moustiques, je te déclare la guerre. Tu l'as voulue, tu l'as ! »

« Ne t'énerve pas trop », lâcha finalement le cheval, sans toutefois regarder le moustique.

« Je vais appeler notre glorieuse armée et nous te piquerons à mort », répliqua l'enragé.

« Tu ferais mieux de disparaître, minable persifleur, avant que je ne me mette véritablement en colère », hennit le cheval en penchant de nouveau la tête vers le pâturage.

« Oh ! Tu n'aurais pas dû dire une chose pareille ... Attends un peu, bouffi, tu vas voir ce que je te réserve ! Un tel affront ne peut se laver que dans le sang », siffla le moustique.

Il tourbillonna encore au-dessus du cheval et s'envola pour chercher l'armée des moustiques.

Un instant plus tard, au-dessus de la tête du petit cheval, le ciel s'obscurcissait et crépitait comme un orage. L'escouade intrépide des moustiques-soldats se préparait à l'assaut.

« A l'attaque ! A l'attaque, camarades ! Sus à l'ennemi, sans pitié ... Il nous a insultés. Il nous a méprisés. Qu'il périsse donc ! » cria d'une voix aiguë notre moustique qui s'était institué commandant.

« A mort l'ennemi ! hourra ! » hurlèrent les moustiques excités. Ils aiguisèrent leur dard et, tel un nuage vrombissant, se jetèrent à l'assaut du petit cheval.

Ce dernier les chassa tout d'abord avec sa queue. Puis, avec une certaine impatience, il agita plusieurs fois la crinière. Mais, de nouvelles vagues de moustiques l'assaillirent et envahirent son dos. Cela l'agaça quelque peu. Aussi s'allongea-t-il sur l'herbe et se roula-t-il d'un côté et de l'autre, écrasant presque tous les moustiques.

Un seul échappa au désastre. Il défroissa son aile endommagée et, rassemblant ses dernières forces, s'envola vers le commandant qui surveillait le déroulement de la bataille de son lointain arbuste. Il lui annonça :

« Nous avons vaincu, mon commandant ! Nous avons abattu le cheval qui gît à présent dans l'herbe, les jambes raidies dans l'ultime convulsion de la mort. »

Le commandant remercia son camarade de cette excellente nouvelle, lui promit la plus haute médaille de guerre et s'empressa de quitter le champ de bataille. Il vola jusqu'à l'arbre le plus proche et claironna pour le monde entier :

« Gloire ! Gloire ! Nous avons gagné la guerre... L'ennemi est défait. A nous la gloire éternelle, camarades, les plus intrépides soldats du monde ! »

Pendant ce temps, le petit cheval intelligent, paisible et brun, continua de paître la tendre herbe grasse près de la calme petite rivière.

Publié dans litterature

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