L'Estonie et ses Vieux-croyants

Publié le par Stephandero

Les Vieux-croyants issus d'un schisme de l’Église orthodoxe russe au XVIIe siècle ont été chassés de Russie et se sont installés en Estonie. Depuis, ils vivent "à côté" des Estoniens plutôt "qu'avec" eux. Plongée dans une communauté russe estonienne ancestrale.
Les Vieux-Croyants descendent des raskolniki qui ont quitté l'église à la suite des réformes du patriarche Nikon. Ces réformes initiées introduisent six changements dans le rite : signe de croix avec trois doigts au lieu de deux, remplacement de grandes métanies par de petites métanies, célébration eucharistique avec cinq prosphores au lieu de sept, triple répétition de l'alléluia, dans le Credo, le Saint Esprit « vraie source de vie » devient « source de vie » et finalement lors des grands sacrements, on ne fait plus le tour du lutrin dans le sens du soleil pour montrer qu'on va vers le Christ, mais dans le sens opposé.  Une partie des Orthodoxes s’y opposa mais tomba sous la persécution. L’Église officielle, ayant le soutien du Tsar, tenta d’imposer la nouvelle foi par la force : les opposants sont mis en prison, torturés, brûlés vifs, etc. Ces conditions ont incité les "Vieux-croyants" à quitter la Russie. Dès le XVIIe et XVIIIe siècle, une partie d'entre eux s’installe alors en Estonie (à l’époque faisant partie de la Suède), où le régime était plus libéral. Ils créent d’abord leurs villages au bord du lac Peïpous, inhabité par les locaux. Par la suite, leurs communautés furent créées également dans le Nord et dans le Sud (dans la région de Tartu).

Voici un liens sur l'histoire de ce peuple: vieux_croyants

Après des décennies d’oubli, aujourd’hui un véritable travail est fait afin de combler ces lacunes dans nos connaissances concernant ce peuple. Malgré leur longue présence en Estonie, on ne (re)découvre que maintenant leur héritage. Ce groupe ethnique confessionnel a gardé le vieux-russe comme langue mais en ayant également des influences estoniennes dedans. De plus, on y trouve par exemple le folklore de la Russie centrale du XVIIe siècle. Si là-bas ces coutumes, la transmission verbal (chants, contes etc.) ont évolué, on les trouve ici à leur état plus ou moins initial. Par ailleurs, il est intéressant de voir comment la religion est toujours partie intégrante de la vie quotidienne de cette communauté : les prières à faire avant la pêche, le fait de ne pas partager ses couverts avec des non-croyants et beaucoup plus.

Malgré tous ces développements positifs, les Vieux-croyants craignent toujours la disparition de leur culture. Déjà leur nombre a diminué de moitié en tombant à 5 000. Les villages au bord du lac Peïpous se vident et les jeunes partent travailler dans les villes. En outre, les années athéistes ont laissé des traces : les jeunes viennent à l’église uniquement pour les grandes fêtes religieuses, les parents n’intègrent plus la religion et les coutumes anciennes dans l’éducation des enfants et il reste très peu de prêtres masculins (de plus en plus souvent, ce sont les femmes qui tiennent l’office). Il n’y ni magazine ni journal spécialisé pour cette communauté.

Allons-nous véritablement perdre cette culture tellement particulière? Les Vieux-croyants ont réussi à maintenir leur identité durant des siècles, malgré les persécutions et la propagande contre eux. Aujourd’hui, cette communauté doit faire face à la modernité et trouver une nouvelle voie afin de préserver et faire vivre leur héritage.

Publié dans culture

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