Le patriotisme ne fait pas le bonheur en Estonie

Publié le par Stephandero

Les Estoniens aiment communier sous le drapeau à l'occasion de grandes fêtes nationales. Mais au quotidien, ils communiquent peu entre eux, et c'est pour cela qu'ils font partie des Européens les moins heureux, estime le quotidien Postimees.

L’indice du bonheur mondial - le Happy Planet Index – place l’Estonie au plus bas de l’échelle en Europe. Que pouvons-nous en conclure ? D'après les travaux du Happy Planet Index, ce résultat s'explique par l’absence de cohésion sociale et de sentiment d’appartenance commune. Un Estonien ne se sent généralement pas à l’aise que parmi ses amis. Quant au reste du monde, il le boude en fronçant ses sourcils d’un air soupçonneux.

Un Estonien qui visite les grandes villes du monde, est parfois surpris par les règles de société. Etant assez direct de nature, la politesse et la formalité des relations peuvent lui paraître comme étranges et lointaines. Il ne tardera pas à découvrir que cette politesse est également valable dans la rue. Dans le métro, lorsque quelqu’un marche sur le pied d’une autre personne, les deux s’excusent – l’un pour avoir marché sur le pied, l’autre pour avoir laissé ses pieds traîner. Il existe une solidarité entre humains, une solidarité entre étrangers – chose qu’un Estonien ne connaît pas encore.

Le sentiment d’être étrangers les uns aux autres nous suit dans notre quotidien.

L'Estonien est un loup pour l'Estonien


"Je me souviens qu’à l’université, on nous parlait des sagesses de la Rome antique. Nous étions alors au milieu des années 90, l’époque de la gloire capitaliste et l’expression "Homo homini lupus" retenait particulièrement notre attention. De la même manière que les Romains considéraient que "l’homme est un loup pour l’homme", on a tendance à dire que la meilleure nourriture pour un Estonien est…un autre Estonien.

Puisque l’entraide et la compréhension mutuelle ne sont pas naturelles chez l’homme, on va chercher ces bons sentiments dans des fêtes. C’est lors de ces occasions uniques, ou lorsque la nation semble être menacée, que l’on est volontaire pour être et agir ensemble. Les exemples d’actions communes ou de rassemblement pour des fêtes nationales n’ont pas été rares ces derniers temps [la fête annuelle du chant début juillet, l’inauguration  de la statue de l’Indépendance fin juin, la célébration du grand nettoyage des forêts du pays en 2008, les ateliers d’initiation à la citoyenneté]. Ils témoignent souvent d’une tendance au nationalisme, mais vidé de son essence.

A qui sont destinées ces nombreuses fêtes nationales ? La nouvelle génération de jeunes, née il y a 20 ans, qui a grandi malgré les difficultés quotidiennes et un avenir incertain, se souvient beaucoup moins de tous ces grands discours nationalistes, de la "chaîne baltique" [grande manifestation pacifique, en août 1989, où plus d'un million de personnes se sont donné la main pour former une chaîne humain de plus de 600 kilomètres de long à travers les trois états baltes] que de leur premier portable ou de leurs voyages à l’étranger.

Quant à moi, qui suis né à la fin des années 70, je ne me souviens pas que le sentiment d’estonité, l’image de notre indépendance et le drapeau estonien aient été plus idolâtré qu’aujourd’hui. Comme si la capacité des Estoniens à communiquer était liée au drapeau national – quand le drapeau est hissé, on communique, sinon rien. Il y a quelque part un vide émotionnel. Au lieu d’un sentiment d’exaltation, on commence à avoir peur comme si l’on vivait en l’Amérique du Sud où les chefs d’Etat ont tendance à dire des choses qui ne tiennent pas debout dans la vie réelle et où le peuple agite solennellement le drapeau tout en tirant le tapis sous les pieds du voisin"

(Basé à Bruxelles, Martin Kala est journaliste à Postimees)

Publié dans culture

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Stephandero 31/07/2009 19:26

Bonne analyse! Bien sûr que ce sont des gens accueillants et serviables mais si tu leur dis un mot sur leur façon de vivre ou les conseilles, ils se braquent (gentilment). Ils considerent que tu n'as pas à leur donner de leçons etant donné que tu n'as pas autant souffert qu'eux. Ils me disent toujours: "on s'en est sorti tout seuls jusqu'a present, y'a pas de raison que ca cesse". C'est un peuple fier!

marianne 31/07/2009 19:10

Vu de l'extérieur ,il est difficile d' imaginer et de croire que le peuple estonien a ces traits de caractère . Je pensais même le contraire après avoir vu le film documentaire "the singing Revolution" , et je nous trouvais, nous Français , bien peu patriotiques à côté d'eux .Là -bas , en tous cas dans le parc de Lahemaa , on voit très souvent devant leur maison un mât avec un drapeau , j'ai été étonnée de voir ça (en Suède , c'est la même chose ) ,alors qu'en France , pratiquement personne n'a de drapeau chez soi ! Mais sans doute ne sont ils capables de patriotisme et de solidarité que lorsqu'il y a une situation grave à régler , telle celle de leur indépendance et peut-être aussi maintenant lors des fêtes pour célébrer l'anniversaire de leur indépendance ; cela fait ressurgir en eux ce côté patriotique et  altruiste . Avaient ils ce trait de caractère auparavant ?Sont ils connus depuis longtemps  pour être un peuple individualiste ,communiquant peu entre eux et avec les autres peuples  ? Est ce le fait d'avoir été depuis très longtemps sous la domination presque en continu d'autres Etats qui a pu les faire devenir tels qu'ils sont aujourd'hui ?La réponse est peut -être là , certains traits de caractère des êtres humains se forgent à partir du vécu ,et pour les Estoniens , ce long vécu de peuple occupé a pu les faire se replier sur eux -mêmes , se méfier des autres , même de leurs proches voisins , et faire qu'ils vivent chacun pour soi , sans se soucier de leurs prochains . On peut le comprendre ,et je le comprends , mais il faudrait que maintenant , ils regardent autour d'eux (tu dis que les Estoniens qui visitent les grandes villes d'autres pays sont surpris des règles de la société ) . Il faut qu'ils se rééduquent , c'est un peuple qui a souffert , et qui n'a pas encore changé ses règles de vie , sa façon d'être avec les autres .Mais je pense qu'il va en prendre conscience et s'y atteler peu à peu ...

français en estonie 31/07/2009 14:20

d'autant plus intéressant et objectif que c'est écrit par un Estonien vivant à Bruxelles

steph 31/07/2009 13:39

c'est un extrait d'un article trouvé sur presseurop et traduit de Postimeeshttp://www.presseurop.eu/fr/content/article/65371-le-patriotisme-ne-fait-pas-le-bonheur

français en estonie 31/07/2009 13:17

tu aurais la source de l'article par hasard? :)