Les pays Baltes de l'aile

Publié le par Stephandero

Ce n’est plus une crise, c’est une descente aux enfers. Championnes de la croissance en Europe jusqu’en 2007, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie n’en finissent plus de s’enfoncer.

 

En face, de l’autre côté de la mer Baltique, les banquiers de Stockholm croisent les doigts : ils espèrent que cette crise n’entraînera pas un séisme du système financier suédois, inextricablement lié aux trois pays baltes.

Cette semaine, la banque suédoise Skandinavia Enskilda Banken (SEB) a reconnu être passée dans le rouge à cause d’une dépréciation de plusieurs centaines de millions d’euros investis dans les pays baltes. De son côté, la banque Swedbank vient d’annoncer la suppression de plusieurs milliers d’emplois.

 

«L’histoire des pays baltes est un concentré de tout ce que les Etats-Unis ont fait en matière de financiarisation de leur économie, explique Juan Carlos Rodado, économiste à Natixis. Mais en pire. En fait, les pays baltes et la Suède sont un cas d’école des dérives de la globalisation financière, version réduite, mais avec des risques décuplés.» Le début de l’histoire, c’est d’abord un rêve pour les populations estoniennes, lettonnes et lituaniennes. Les banques locales relookées à coup de capitaux suédois proposent des crédits avec une légèreté déconcertante. Tout le monde, ou presque, peut s’endetter. Alors pourquoi se priver ? D’autant que les taux d’intérêts des crédits oscillent autour de 5 %, que l’inflation annuelle ne descend jamais en dessous des 10 % et que les salaires sont indexés sur le niveau général des prix. Bref, jusqu’en 2008, les trois populations ont vite compris que les taux réels étaient négatifs.

 

Dans les trois pays baltes, comme en Suède, beaucoup d’économistes ont tiré la sonnette d’alarme pour mettre en garde contre les effets de cette fuite spéculative. En vain. «Les sirènes du profit sont toujours plus fortes que les Cassandre», ironise Juan Carlos Rodado. Sans trop le savoir, les ménages des pays baltes ont mimé les ménages américains, plongeant dans les méandres de l’effet richesse. Ce mécanisme par lequel l’ivresse des hauteurs spéculatives alimente une surconsommation… Mais à crédit, et avec une épargne nationale de plus en plus basse. C’est précisément ce piège financier qui s’est refermé sur les pays baltes. Avec, en prime, une fringale d’importation de produits étrangers, faute d’industrie locale. Le tout avec la bénédiction d’une communauté internationale qui n’y a vu que du feu, allant jusqu’à parler de miracle balte.

 

Du jour au lendemain, Lituaniens, Lettons et Estoniens se réveillent avec la gueule de bois, découvrant l’inconscience avec laquelle leurs élites politique et économique ont financiarisé leurs économies. Et ce ne sont pas les baisses de salaires des fonctionnaires, la hausse des taxes ou encore les coupes budgétaires qui y changeront grand-chose. «Ces pays n’ont pratiquement aucune marge de manœuvre, lance un diplomate à Riga. Car ils n’ont pas de base industrielle. En clair, difficile de passer d’une économie casino à une économie de services et d’industries.»

 

La solution? Une vraie quadrature du cercle. Chacun de ces pays pourrait être tenté de rompre le lien de fixité entre l’euro et leur devise. Mais avec le risque d’appauvrir encore plus les populations. Car tous sont endettés en euros. Dévaluer, c’est prendre le risque d’une crise sociale sans précédent. C’est surtout acter la faillite des investissements suédois dans les banques baltes. Et là, ce serait une perte de près de 27,3 milliards en Lituanie, de 25,2 milliards en Lettonie et 28,6 milliards en Estonie. On comprend mieux pourquoi Stockholm tente l’impossible pour aider financièrement les pays baltes et plaider leur cause auprès des institutions financières. C'est pas gagné...

Publié dans Faits divers

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