L'unique eveque catholique d'Estonie était Francais

Publié le par Stephandero

La cathédrale St Pierre et St Paul est un modeste bâtiment blanc, caché au fond d'une cour, au coeur de la vieille ville. Sa simplicité tranche avec la splendeur des immenses clochers effilés des temples protestants et des bulbes richement ornés des églises orthodoxes qui l'entourent.

La messe est dite par l'évêque d'Estonie en personne, devant une trentaine de personnes, dont quelques touristes. L'évêque parle estonien vite et parfaitement, mais son accent est aisément reconnaissable. Monseigneur Philippe Jourdan est français : il est né et a grandi à Dax, dans les Landes.

Il rêvait d'être ingénieur et de voyager. Elève brillant, il s'installe à Paris après le bac et entre à l'Ecole des ponts et chaussées. On lui conseille aussi d'apprendre le russe. Dans les années 1980, les entreprises françaises de travaux publics pensaient que l'URSS était un grand marché d'avenir. Dans le même temps, Philippe Jourdan se rapproche de l'Eglise, en découvrant les écrits de Mgr Escriva de Balaguer, fondateur de l'Opus Dei.

"Sa réflexion sur l'intégration du travail intellectuel dans la vie
spirituelle a changé ma vision du monde." A 20 ans, il devient membre de cette institution de l'Eglise catholique. "J'étais jeune, c'est vrai. Mais je ne suis pas un hésitant, j'ai toujours aimé aller vite."

C'est à sa sortie de l'armée qu'il renonce à sa vie toute tracée et décide de devenir prêtre. Le second grand tournant de sa vie a lieu en 1996, lorsqu'il reçoit un appel téléphonique du Vatican. Le nonce apostolique pour les pays baltes cherchait un jeune prêtre pour l'envoyer en Estonie, et en faire son bras droit. "Il n'a trouvé personne parlant estonien, mais il a vu dans mon dossier que j'avais étudié le russe."
Philippe Jourdan décide de tenter l'aventure. Une fois à Tallinn, il est très vite nommé vicaire général et s'attelle à sa nouvelle tâche : renforcer la présence catholique dans ce pays de tradition protestante, encore très marqué par cinquante ans de régime soviétique. Il décide d'apprendre l'estonien : "C'est une langue difficile, il faut s'y consacrer à fond pendant au moins deux ans."
Il est nommé évêque en 2005 par Jean Paul II. Pour se rapprocher encore de ses fidèles, Mgr Jourdan décide de devenir estonien à part entière, en demandant sa naturalisation. Celle-ci lui est accordée par décision gouvernementale, pour "contribution au développement de la vie religieuse et au dialogue interreligieux". Le dernier pas à franchir pour que son changement de vie soit complet consistait à renoncer à sa nationalité française. "Je suis allé voir l'ambassadrice de France, qui m'a très bien accueilli. Elle m'a dit qu'en cessant d'être français, je faisais plus pour la France que beaucoup de Français qui vont et viennent par ici. Selon elle, mon geste donnait l'image d'une France modeste et ouverte, alors que les Estoniens voient souvent la France comme une nation arrogante, qui veut toujours avoir raison."

Il n'y a que 6 000 catholiques en Estonie, sur une population de 1,3 million d'habitants, mais la charge de travail est lourde. "Nous avons 13 prêtres, 8 églises, et des fidèles éparpillés dans tout le pays. Ma vie ne ressemble pas à celle d'un évêque français. Ici, tout le monde doit faire un peu toutes les tâches." Dans la capitale, tout le monde connaît son nom et les médias locaux sollicitent régulièrement son avis. "Je les intrigue. Par ailleurs, je dois être le visage et la voix de l'Eglise catholique dans ce pays."

En face de la cathedrale, un vieux bâtiment délabré est en cours de rénovation. Bientôt, l'évêque, qui habite dans un appartement en ville, pourra y emménager. Il y aura aussi des chambres pour les curés de province de passage dans la capitale. A Tallinn, le domaine de l'Eglise catholique commence à s'agrandir.

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marianne 22/07/2009 21:31

C'est un parcours très atypique et hors du commun que celui de ce prêtre parti en Estonie , promu évêque  , et qui plus est , devenu estonien par choix en se faisant naturaliser pour être proche de ses fidèles !Très intéressant reportage !