SDF en Estonie (reportage 2001 par E.Y.Gourlan)

Publié le par Stephandero

Même si ce reportage a quelques années maintenant, j'ai décidé de le publier afin de montrer un autre visage (plus triste) de l'Estonie. Ayant une formation de sauveteur-secouriste, il m'est arrivé d'intervenir deux fois en Estonie aupres de personnes (SDF?) en détresse. Il est simple d'aider une personne propre et bien habillée mais lorsqu'il s'agit d'une personne de la rue...Cela m'avait choqué de voir tous ces gens ignorer ce Russe en détresse respiratoire et le crane ensanglanté, gisant le long d'une voie de chemin de fer. Depuis combien de temps était-il là? Bien sûr que j'ai eu peur d'une possible reaction violente mais ce fut tout le contraire; il etait presque heureux de ma presence et regardait tout mes gestes.
Lors de mon dernier séjour, j'ai été surpris par le nombre de SDF dans les arrets de bus, à moitié nus, en train de remplacer un pantalon déchiré par un autre qui l'est un peu moins. Connaissant le climat en Estonie, cela ne doit pas etre facile tous les jours....

Une vie de chien! Une vie de chien, quel bonheur en comparaison du quotidien de ses êtres humains. Mais peut-on encore, les appeler ainsi? Disons plutôt, des « demi bêtes » à l´apparence humaine, rongés, imbibés par la « spirite », un alcool à base de méthadone aux effets détonants, équivalent à 80 degrés. Toute une vie de labeur au sein d'HOBUJAAMA. Cette une ancienne usine militaire où était assemblé l´armement soviétique, qui aujourd'hui n´est plus que ruines où s´entassent les ordures déposées par les habitants de Tallinn, dépareillant au milieu de la capitale estonienne. Fouillant inlassablement ce dépotoir, scrutant la moindre parcelle de leur unique «supermarché», ils ne mangent pas, mais dévorent cette denrée rare, qu´est la nourriture.

Russes de nationalité, les oubliés de l´ex-bloque soviétique, se terrent dans ce qui fut la fierté de leur parti. Victor, 43 ans, conducteur de char dans l´artillerie russe, durant 10 ans s´est retrouvé cariste au dépôt d´armes, après avoir perdu un oeil au cours du conflit afghan. Einar Eit, 49ans, Bladimip Cokol, 53ans, Aivar Mikvere,43ans, Valeri Marobu 53ans, tous affectés dans les ateliers, afin de pourvoir au montage des kalachnikovs. Tannia Kyettoo 46ans, réceptionniste, puis par la suite archiviste et Olga, 41ans, qui travaillait au service du décryptage, en télécommunication. En 1991, le contrôle de l´armés Soviétique, ainsi que son système, se retire d´Estonie, léguant comme héritage cette usine décrépite, permettant aux oubliés de s'abriter: les camarades ont préféré rester aux portes de l´Europe, espérant une vie meilleure, mais pour eux, cette intégration s´est transformée en un véritable cauchemar.

Les jours passent et se ressemblent. Toujours plus saouls, titubant les limites du coma éthylique, ils parviennent à atteindre le point de non-retour, s´écroulant et plonger ainsi dans l’oubli, l'espace de quelques heures. Bon pied bon oeil est de coutume et les camarades fêtent la résurrection de leur estomac en gagnant le cimetière de la ville, où s´organisent les festivités d´un pique-nique. Le pillage s´effectue sans aucune retenue, ils s'emparent des offrandes déposées sur les tombes des défunts tout en s´abreuvant de vodka. Respect, civisme, valeurs. Ces mots à la définition passéiste, ne font plus partie intégrante de leur vocabulaire. Après leur festin, repus, ils réintègrent la caserne, à l´appel de Victor, leur chef. Olga décide de prend le large, quittant le groupe pour rejoindre sa «Datcha» située en banlieue. La « chanceuse » a hérité d´une cabane en bois, sans eau, ni électricité, mais cela lui permet de se réfugier de temps à autre dans ses souvenirs. Saoule de son existence somnolente, elle s´endort en compagnie du Saint Père.

De retour dans les locaux des camarades, des nouveaux occupants ont pris place: un couple d´amoureux, au « baise en ville » de l´hôtel misère, me fait peine à voir. Tania et Martin Stserbok ont 26 ans et attendent l’heureux évènement du bonheur prénommé, Katarina: enceinte depuis trois mois, Tania poursuit son chemin dans un inconscient délire, évoquant la joie du bonheur présent mais sans nul doute, à l'orée d'une détresse future. Autres peines, mêmes combats. Une discorde portant sur l´achat d´alcool, puis un mot de trop, suivie de violences corporelles, infligées au plus faible: Vladimir s' écroule roué de coup. Le visage ensanglanté, le regard témoignant sa tristesse, il ne parvient plus à se relever. Personne ne l´aide! Il a commis la faute de ne pas être en accord avec la communauté.

Veiko Herik, souffre le martyr depuis plusieurs mois, suite à une altercation avec un des membres du groupe. Il porte une plaie ouverte sur son tibia suppurant. Un état de gangrène semble apparaître, mais ne l´inquiète pas outre mesure: trop de souffrance m´explique-t-il, tout en exprimant le désir d´en finir une bonne fois pour toutes. Il est age de 32 ans! Dans l´exploration des étages, le 4ème fait office de nouveau logis. Son locataire du passé, est fier d´être le seul propriétaire du souvenir, Alex Cakgr 54ans, fut l´archiviste des «rouge». Enraciné dans la place, il n´a jamais quitte son bureau.

Publié dans Faits divers

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Rauno Herik 27/03/2011 00:24



Hi i happened to read your blog here, i understand french, but it's easier for me to write it in english.


Veiko Herik was my father and he was murdered (due to beating and stabbing) on 2001. His passport and all his documents were stolen and they were used several times after his death. So
what you must know is that this Veiko Herik you talked to, is an identity thief and could be also involved with my father's murder.


If you happen to have some more specific information about that person, who used his documents, please contact me.



marianne 18/07/2009 11:05

J'ai des frissons quand je lis ce que tu écris , et j'ai les larmes aux yeux , on m'a toujours dit que j'étais trop sensible !Malheureusement , on ne peut pas porter toute la misère du monde sur ses épaules , on me l'a aussi souvent répété . Je trouve extraordinaire ce qu'ont fait ces deux adultes avec cet enfant en apportant au vieux monsieur une bouteille d'eau et un sandwich .Cela fait partie des actes que tout un chacun pourrait faire , ce sont de "petites choses" , mais tellement importantes pour ces gens démunis , petits actes de solidarité qui  mis bout à bout aident ces pauvres ères à survivre , et leur montrent surtout que leur sort n'est pas indifférent à tout le monde ,et qu'ils font encore un peu partie de la société des Hommes !C'est bien , ce que tu fais , tu as un regard différent sur les Hommes ,ce qu'ont peu de gens à notre époque . Continues à regarder ainsi autour de toi , et à aider les autres avec de petites "choses" .Ce qui compte pour ces gens "mis à l'écart" , c'est justement le regard différent , rempli d'humanité , de sincérité ,que peuvent avoir des gens comme toi et ceux dont tu parles et qui les aident ponctuellement ! Cela n'est ni de la sensiblerie ,ni de la compassion, c'est seulement de l'humanité au sens pur et juste du terme , comme tous ,nous devrions la pratiquer tous les jours , au lieu de passer , indifférents auprès de la misère qui nous entoure !Ce qui m'attriste le plus , c'est qu'on a atteint dans notre société "moderne" un niveau de richesses  grâce auquel on pourrait subvenir aux besoins de tous sur terre , mais malheureusement , certains sont incapables de partager ! On voit même parfois des choses aberrantes , par exemple dans l'hôpital où je travaille , comme celles de  jeter de la nourriture encore consommable ,plutôt que de la  donner !On a eu le cas d'un agent hospitalier travaillant aux cuisines avec un salaire mensuel au SMIC et une grande famille à nourrir (et des fins de mois très difficiles ) , passer en conseil de discipline pour avoir "volé" de la nourriture qui devait être jetée , et avoir une mise à pied de 3 mois : c'est incroyable de voir de telles choses , ça me révolte , et même les syndicats ont peu de pouvoir maintenant face à ce genre de problèmes .On vit une époque "détestable" , dans laquelle les êtres humains passent après l'argent , le profit , où chacun vit égoïstement pour soi , sans voir "les autres" , surtout s'ils sont différents et dans la misère ! C'est le bilan que je fais au bout de 53 ans de ma vie , c'est très triste ....

stephandero 18/07/2009 02:14

Je n'avais jamais entendu parler de cette ancienne usine avant de lire ce reportage. Hobujaama est connu pour être le terminal des bus qui se rendent à Viru Keskus. Je m'y arrete tous les jours lorsque je suis à Tallinn alors la prochaine fois, j'essaierai de voir si ces batiments existent encore. C'est une zone plutôt moderne donc il est possible qu'ils furent rasés et remplacés par un hôtel ou des bureaux...Tu parles des SDF qui cherchent de la nourriture dans les bennes à ordures...cela fait aussi parti du paysage à Tallinn à la nuit tombée ou très tôt le matin...tu peux entendre les differents couvercles des poubelles se soulever et le bruit des sacs, en train d'etre dechirés...Il faut savoir savoir que la "communauté russe" hesite rarement à venir en aide à ses gens, peut-etre parce que la majorité des ces gens de la rue est d'origine russe? Un jour j'ai assisté à une scene qui m'a touché...il y avait ce vieux monsieur crasseux avec son vélo; je ne sais pas combien de sacs il y avait accroché mais il transporté surement là tous ses biens. Il était épuisé et avait fait une halte sur le vieux terrain de foot. Apres quelques heures, deux adultes et un enfant se sont approchés pour lui parler. Puis l'enfant est parti pour revenir 30mn plus tard avec une bouteille d'eau et un sandwish qu'il avait été acheté au supermarché du coin. Ils lui ont tenu compagnie pendant toute la durée du repas...Il m'est arrivé de revoir ce monsieur errer avec toujours plus de sacs sur son vélo. J'ai passé un jour une nuit dehors à Tallinn (triste histoire) et tous les gens qui sont venus me demander si j'avais besoin d'aide, étaient russes; ca m'aura au moins permis de faire la connaissance d'autres gens formidables qui sont aujourd'hui mes amis :)

marianne 17/07/2009 22:34

Reportage très dur , mais la réalité est bien ainsi , très dure ! Au moins , ce n'est pas édulcoré comme beaucoup de reportages dont on nous abreuve souvent ! La première phrase est terrible , d'entrée : une vie de chien , quel bonheur  en comparaison du quotidien de ces êtres humains . Mais peut on encore les appeler ainsi ?Peut on les appeler êtres humains ,mais peut on tout simplement dire que leur quotidien , c'est la vie ? Je n'appelle pas ça vivre , ni même survivre .C'est plutôt une sorte de suicide lent , à petit feu ,pour échapper à cet état de fait que la société ne veut plus d'eux , les rejette , les isole , dans cette ancienne usine militaire comme des rebuts de la société , des demi-bêtes n'ayant plus le droit de vivre comme les autres hommes ! Ils ont juste le droit de récupérer de la nourriture dans les poubelles déposées par les habitants de Tallinn. Cela me choque beaucoup de voir tant de détresse , cela m'attriste . Je ne suis pas du tout à l'aise face à de telles situations où la condition humaine est mise à mal , et l'être humain considéré comme un moins que rien . Je ne supporte pas de ne pouvoir rien faire et j'ai honte de faire partie d'une telle société qui est capable de traiter ainsi ses semblables .Malheureusement , dire qu'on est choqué , qu'on a honte ne résoud rien ! Je me sens aussi nulle que ceux qui rejettent ces gens , car je ne peux rien pour eux !Voilà ce que je voulais dire sur le ressenti que j'ai eu sur cet article .Quant à tes interventions en tant que secouriste auprès de personnes en détresse en Estonie , bravo Steph ! C'est en effet très choquant de voir des gens ignorer celui qui est en détresse vitale ,sous prétexte qu'il est SDF , qu'il est sale et qu'il sent mauvais (et peut -être en plus parce qu'il est Russe ?) . Tu as eu peur de sa réaction , mais tu es allé l'aider quand même ; j'aurais sans doute un peu plus hésité en tant que femme , surtout si j'avais été seule !Je n'ai pas de formation de secouriste , mais j'ai travaillé dans un service d'urgence en tant qu'infirmière , et j'ai eu à faire à toutes les "couches "de la population, je les ai tous soignés de la même façon , sans distinction de niveau social, ni de race , ni de religion , qu'ils soient propres ou sales , riches ou pauvres .Un être humain doit être respecté . Si la société lui enlève ses repères , ne l'autorise plus à faire partie de son monde , elle l'oblige à devenir ce que ces Russes sont devenus ,des demi-bêtes à l'apparence humaine , des oubliés volontaires qu'on parque dans une vieille usine désaffectée parce qu'on ne veut plus d'eux !Cet article date de 2001 , mais sais tu si la situation de ces SDF a changé , vivent ils toujours dans cette usine ,certains doivent être morts , je présume ?Tu dis aussi que lors de ton dernier séjour , tu as vu beaucoup de SDF dans les abri-bus , à moitié nus , encore une conséquence de la crise actuelle ,sans doute .