Une année en Estonie: 1914

Publié le par Stephandero

En 1914, les régions, qui correspondent à l’actuelle Estonie, formaient une province de la Russie (l’Estlande, capitale Reval) et la moitié nord d’une autre (la Livlande, capitale Riga).
La population de
ces régions était très majoritairement de langue estonienne mais depuis le XIIIe
siècle une noblesse germanophone, en partie descendante des chevaliers teutoniques, et une population urbaine roturière également germanophone, dominaient la société.
Il y avait aussi des Russes (environ
4%, légèrement plus que de germanophones): c’étaient surtout des ouvriers
urbains. En effet, depuis 1710, ces régions appartenaient à la Russie, mais longtemps les tsars n’avaient pas remis en cause la domination des germanophones; cependant, depuis 1885, environ un mouvement de russification était en cours, notamment dans l’enseignement.
 

Depuis le milieu du XIXe siècle, les indigènes finno-ougriens avaient acquis une consience nationale: il était apparu une langue écrite estonienne et une littérature (la première oeuvre notable date seulement de 1857), des festivals de chant (1869) et d’autres instances culturelles, puis des partis politiques nationalistes (1905). Cependant leurs revendications ne dépassaient pas l’autonomie locale et le regroupement de tous les Estoniens en une seule entité administrative: vu la faiblesse numérique de la nation estonienne (environ un million de personnes en 1911), toute autre revendication semblait irréaliste.

Lorsqu’elle éclata en août 1914, la guerre entre la Russe et l’Allemagne fut plutôt bien accueillie dans les milieux nationalistes estoniens, d’autant que les autorités russes se dépéchèrent de clôturer la plupart des établissements scolaires germanophones et la totalité des associations

germano-baltes, d’exproprier les entreprises à capitaux allemands, d’expulser ou de déporter en Sibérie

les activistes proches de Berlin et même d’interdire l’usage de l’allemand en public. Ce fût une catastrophe pour les Germano-Baltes, qui avaient toujours été de fidèles sujets des tsars.

Les esprits
s’échauffèrent assez pour que le journal estonien Teataja s’abaisse à des déclarations du genre:
"La guerre présente est une guerre sainte pour nous comme pour tous les peuples de la
Baltique, une guerre contre ceux qui nous ont si longtemps opprimés et réduits en esclavage, à qui nous devons 700 ans de servitude. L’heure de la vengeance a sonné".

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